Promenade sur Terre : une exposition singulière !

Cette année, le passé industriel de la ville est mis à l’honneur à Landerneau avec la valorisation et l’ouverture au public du site la Grande Briqueterie de Landerneau, dont l’activité a cessé en 1968... En écho aux photographies de Benjamin Deroche installées le long de l’Elorn, les artistes Christelle Familiari et Vincent Mauger, invités par la Ville de Landerneau et le Frac Bretagne, réalisent deux expositions autour d’un même médium : l’argile. Le grès, la céramique ou la brique se prêtent ici à différentes mises en scènes et transformations pour une Promenade sur terre particulière. Au pied de l’Église Saint-Thomas, la Galerie de Rohan toute de vitres habillée me fait de l’œil. Que vais-je y découvrir cette fois ?

A mon arrivée, Carole Guillerey, médiatrice pour la Galerie de Rohan, me donne des repères afin de situer le travail des artistes. Dans cette exposition vont se mêler sculpture, installation et paysage.

Dans la plus grande des deux salles de la Galerie, Christelle Familiari pose à même le sol une colonie de visages modelés en grès, qu’elle nomme Peaux. Ces Peaux, du crâne desquelles poussent des plantes grasses tels des cheveux ébouriffés, semblent mous et assoupis. Ils forment des îlots qui ponctuent un ensemble plus vaste. Je m’accroupis pour étudier les Peaux de plus près. C . Familiari donne différentes versions de ces visages mais tous ont un point commun, ils semblent endormis et comme posés à la surface d’un lac, dérivants vers des rivages inconnus où vivent d’autres espèces végétales qu’ils rejoindront un jour… je peux imaginer des tas d’histoires !

Plus loin, je contourne avec précaution trois suspensions rectangulaires recouvertes chacune d’une sorte de côte de mailles blanchâtres, composée d’étroits lingots de céramique liés entre eux par de fins fils d’acier. Soulevée ça et là par des formes arrondies, les Tissus en porcelaine ainsi modelés révèlent le contraste entre la dureté de la matière première et sa malléabilité. Imperceptiblement, l’air déplacé provoque un léger mouvement des trois suspensions. Intriguée, je me laisse aller à la contemplation de cet intervalle poétique. En se limitant à l’emploi de trois couleurs, C. Familiari crée un univers qui à la fois m’apaise et m’inquiète parfois : émail blanc des côtes de mailles, verts nuancés des plantes grasses, argile blanche ou rouge des Peaux…mais aussi un autre rouge, poudré, fantomatique, au grain irrégulier comme le grain d’une peau, déposé à hauteur des yeux sur tous les murs qui entourent ce paysage sensible, organique, mystérieux.

Je m’arrache à ma rêverie pour rejoindre l’espace occupé par Vincent Mauger. Un espace envahi plutôt ! Sans titre se déploie sur toute la surface de sol disponible. Je marche sur un faux plancher de briques serrées les unes contre les autres et creusées d’interstices sombres. Sur ce sol rouge, des formes arrondies disposées en amas attirent mon regard. Je me déplace prudemment. Le son cristallin produit par le raclement de mes semelles sur les briques confirme mes doutes : malgré l’impression de solidité qui s’en dégage, ce sol compact est creux, vide ! Sensation étrange, mon corps est contrarié…Peut-on marcher dans le vide? Cependant, j’avance vers les objets ronds déposés sur ce sol géométrique où la disposition des motifs, d’une précision mathématique, semble se répéter à l’infini.

J’atteins les pièces disposées en amas, qui sont en réalité…des briques ! Mais sculptées, poncées par endroits, réassemblées pour certaines, elles deviennent des objets inconnus, nouveaux, dissimulés dans un matériau banal jusqu’à ce que le sculpteur les invente. Ici, même dure et cassante, la brique semble malléable. Ces formes, ces motifs répétés et l’omniprésence de la couleur rouge m’invitent à arpenter un paysage inédit. Des lectures remontent à ma mémoire : Ray Bradbury, Clifford D. Simak… Suis-je toujours sur terre ? Peut-être ! A vous de voir, car les paysages de Vincent Mauger et Christelle Familiari sont ainsi faits : poétiques et organiques, chacun.e peut s’y promener et les interpréter à sa manière.

Avant de partir, je m’installe dans le coin lecture de la Galerie. De nombreux articles et des monographies sont à ma disposition pour connaître plus avant le travail des deux artistes. Encore un piège, me dis-je, car le temps défile et je n’ai pas le temps de noter les nombreuses références qui m’intéressent… qu’importe, je reviendrai !

Cathy                                                                                                                                                                                                                           Agent d'accueil à l'Office de tourisme

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