L’art autrement… Performance d’un soir au Fonds Hélène & Édouard Leclerc

Quand on parle de « performance », on a tendance à penser danse ou peinture en live. On imagine des choses en mouvement. Il y a toujours un lien entre les différentes disciplines artistiques après tout ! Anne Kawala, vous connaissez ? Artiste de l’oralité et de l’écrit, poète, « perfomeuse » de choc. C’est une découverte à la fois inattendue, délirante d’imagination, mais surtout d’une éloquente poésie.

Je vous raconte…

Samedi soir, je décide d’arriver un peu en avance pour profiter tranquillement de l’exposition Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure. La performance d’Anne Kawala, débute à 18h30. Il est 17h45. Ce soir, l’affiche titre du mur d’entrée est entièrement placardée de feuilles blanches recouvertes de textes et de définitions. Je me lance dans la lecture d’un feuillet intitulé Blanc, collé face à moi, et je découvre une forme d’explication de texte du travail des deux peintres, mais pas seulement !

Dès les premières salles, la couleur nous étreint, nous attire et nous bouscule. L’épaisseur de la matière aussi. Surtout chez Riopelle ! Les deux peintres ne lésinent pas sur les aplats, les lignes, les éclatements. Au fil du parcours, diverses références me viennent en tête, et je pense au travail de Georges Mathieu, artiste du geste libre des années 50 à 70, pour qui les tracés frôlent la calligraphie et souvent un éclatement semblable à une explosion de traits et de matière. Arrivée au bout du parcours, une médiatrice me propose un plan numéroté de l’exposition et une oreillette. La performance approche ! Je fais demi-tour. Anne Kawala est en train d’organiser tout autour d’elle, sur le sol, les nombreux textes qu’elle nous lira ce soir.

Et c’est parti pour le show

Une foule s’est rassemblée dans la première salle de l’exposition. Mon oreillette grésille. On nous explique alors le plan, les lettres et les numéros. À chaque lecture, Il faudra nous déplacer dans l’espace de manière à embrasser du regard une, parfois deux ou trois toiles. Anne Kawala restera quant à elle dans la plus grande salle du parcours, devant une toile monumentale de Riopelle, sans nul doute la plus impressionnante de l’exposition. « Venez en B1 de manière à regarder A4 et A3 en même temps », nous dit-on à l’oreille. « Soleil rouge, Mitchell… » Nous y voilà !

Et c’est alors une danse des mots qui s’engage. Au fur et à mesure des indications données aux visiteurs, non seulement les toiles, mais surtout des images défilent devant nos yeux en écoutant les vers d’Anne Kawala, qui souvent nous éclairent sur l’œuvre et nous emportent au loin dans les couleurs et les formes abstraites qui deviennent, d’un seul coup, figuratives ! C’est fou ce qu’un tableau peut raconter ! Et puis, le tableau disparait totalement derrière les mots, derrière l’histoire. Des histoires tantôt absurdes ou teintées de mythologie, tantôt sordides ou merveilleuses. Je réalise qu’écoutant cette poésie critique nous nous imprégnons de cette fameuse « démesure » dont il est question dans le titre de l’exposition, et du double lien qui unissait Jean-Paul Riopelle et Joan Mitchell.

Impression et sensibilité

« Légende de Vétheuil 1, 2 et 3 ». Vétheuil, vous dites ? De quoi parle-t-on ? De la maison achetée par Joan Mitchell à Vétheuil, au Nord-ouest de Paris à la fin des années 60. Une belle propriété avec jardin. Ce jardin, on le retrouve face à nous. Le vert, le orange, le jaune et le bleu. Et on se laisse porter dans l’histoire de cet homme assassiné dans son jardin par des femmes monstrueuses, semblables aux  sirènes d’Ulysse, qui elles-mêmes auront une fin étrange. Mitchell ne vient-elle pas de perdre ses parents et un ami proche ? On fermerait presque les yeux… Et puis, la toile nous rattrape. On s’est rapproché de l’artiste, on a presque l’impression étonnante de la connaître, de l’avoir vue peindre devant nous. Et puis, le discours s’arrête. On en redemanderait presque, pour s’alanguir dans un des canapés disposés dans les salles. Juste pour voir et écouter. Encore.

C’est assurément une sensation de visiteur conquis… Désormais, Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle me semblent bien plus humains et proches de nous autres, simples mortels. Qui a dit que l’art contemporain était difficile, hors de portée ? Une nouvelle fois, les rendez-vous du FHEL mettent tout le monde d’accord, en permettant d’aborder de façon plus intime et profonde l’œuvre de grands artistes des XXe et XXIe siècles !

Isabelle                                                                                                                                                                        Conseillère en séjour à l'Office de tourisme

 

Informations pratiques

Exposition Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure du 16 décembre 2018 au 22 avril 2019

Où ? Aux Capucins, rue de la Fontaine blanche, 29800 Landerneau

Tél. 02 29 62 47 78 / contact@fhel.fr

Horaires : tous les jours de 10h à 18h

 

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